L´absinthe qui rend fou ou le mythe de la thuyone

“L’absinthe rend fou!“ Voici une expression que vous avez sûrement déjà du entendre… Cette idée s’est en effet insinuée dans nos esprits sans pour autant avoir de réel fondement. Mais rassurez-vous, nous pouvons dès à présent vous affirmer que non, l’absinthe ne rend pas fou, et nous allons même essayer de décrypter pourquoi un tel mythe a été créé.

Apéritif autour de l'absinthe
6 hommes autour de l'absinthe

 Aucune autre boisson au monde n’a connu une histoire aussi agitée que celle de l’absinthe. Jadis, on considérait l’absinthe comme une boisson quasi-mystique avec des vertus curatives légendaires. La fée verte, nom donné avec amour par ses admirateurs, se développa au début du 19ème siècle et devint petit à petit la boisson préférée des français. Elle fut cependant victime de son propre succès et devint peu à peu le symbole de l’alcoolisme. Elle fut alors interdite dans les années 1910-1915 dans la plupart des pays européens ainsi qu’aux États-Unis. Le 27 avril 1923, une loi sur le trafic de l’absinthe aboutit à l’interdiction définitive du mystérieux et brillant liquide en Allemagne et en Autriche ( RGBI. I S. 257 : bulletin législatif du Reich allemand article 1. 257). En France, c’est la loi du le 17 mars 1915 qui portera le coup de grâce à la fée verte en interdisant la  » fabrication, la vente en gros et au détail ainsi que la circulation de l’Absinthe et des liqueurs similaires « .

Le cochon qui buvait de l'absinthe
Affiche pour lutter contre l’alcoolisme et l’absinthe

Il existe de multiples raisons quant à son interdiction et certaines d’entre elles restent encore aujourd’hui solidement ancrées dans les mémoires.

A la Belle Époque, lorsque l’absinthe connaissait encore un vif succès, elle était omniprésente dans le quotidien des français et des suisses. Mais sa popularité croissante fit rapidement naître des jalousies ainsi que le mécontentement des milieux abstinents. En effet, les vignerons n’avaient guère besoin de cette nouvelle concurrence tandis que les ligues antialcooliques trouvèrent dans l’absinthe un nouvel ennemi juré. L’absinthe devint alors le parfait bouc émissaire et elle essuya de nombreuses attaques, dont la plupart étaient à caractère diffamatoires.

Pour démontrer la dangerosité de l’absinthe, ses détracteurs avancent souvent le fait que l’absinthe contient un élément “toxique” appelé thuyone, substance souvent comparée au THC présent dans le cannabis (une étude menée en 1999 par Meshler et Howlett dans « Pharmacology Biochemestery and Behavior » montre que cette théorie remonterait au milieu des années 1970). On trouve cet élément dans la petite et la grande absinthe mais aussi dans d’autres plantes, comme par exemple la sauge, le thuya ou certaines espèces de lavande. Il est donc naturellement présent dans l’absinthe (la boisson) mais à des taux très faibles. Cependant, pour les opposants de l’absinthe, c’est bel et bien la thuyone, ce “poison”, qui serait responsable de vertiges, d’hallucinations, de fantasmes, de violences excessives, voire de cécité, de convulsions, ou encore de dépressions.

L’absinthe fait progressivement son retour et sa consommation redevient légale à partir de 1988 en France (sous le nom “spiritueux aux plantes d’absinthe” dans un premier temps) avec un taux de thuyone limité. Elle sera disponible à partir de 1998 dans toute l’Europe, les nombreuses études ne parvenant pas à démontrer scientifiquement la nocivité de la thuyone au taux présent dans l’absinthe.

Cependant les préjugés, jadis forgés, restent encore dans les mémoires. et encore aujourd’hui, l´absinthe à cause de son fort taux d’alcool, doit se battre contre cette image négative et erronée.

La vérité sur l’absinthe et la thuyone

Au niveau scientifique, la thuyone est une substance active contenue dans les huiles essentielles de la plante d’absinthe et elle constitue environs 50 à 60 pour cent des ses huiles. La thuyone est une neurotoxine, qui en cas surdosage, peut en effet être dangereuse pour la santé et générer des convulsions ou des confusions. Mais la teneur en thuyone est aujourd’hui encadrée légalement pour plus de sécurité, à des valeurs qui sont nettement inférieures au seuil au delà duquel les effets évoqués ci-dessus pourraient se manifester (se reporter aux Annales Médico-psychologiques sur la “Toxicité neuropsychiatrique de l’absinthe. Historique, données actuelles”, revue psychiatrique, 163 (6), p. 497-501, 2005).

Le règlement des arômes (l´article 22 du règlement sur la réorganisation de la législation relative à la production et distribution de produits alimentaires de la disposition des marques) limite le taux de thuyone dans l’alimentation. Pour les spiritueux, la limite de teneur en thuyone dépend de sa teneur en alcool.

Voici la teneur légale pour les eaux de vie :
5 mg/kg maximum pour une teneur en alcool jusque 25% Vol.
10 mg/kg maximum pour une teneur en alcool supérieur à 25% Vol.

et la teneur légale pour les spiritueux :
35 mg/kg maximum pour une teneur en alcool supérieur à 25% Vol.

Pour bien comprendre ce que représente ce taux, il faut aussi comprendre la composition et l’action de la thuyone.

La thuyone est composée de deux formes stéréo-isomériques naturelles qui sont : l’alpha- et la bêta-thuyone. Il n’y a aucun récepteur pour la L´absinthe qui rend fou ou le mythe de la thuyone dans le cerveau humain et par conséquent elle n’a pas d’effet notable sur l’organisme. En revanche, l’alpha-thuyone possède bien un récepteur dédié dans notre cerveau et peut, à forte dose, provoquer les effets déjà susnommés.

De nouvelles études, avec l’utilisation de technique moderne comme la chromatographie en phase gazeuse, montrent que la thuyone possèdent plus de bêta-thuyone que d’alpha-thuyone. Ces résultats seront confirmés par l’étude d’une équipe de scientifiques allemands, qui ont réalisé des tests sur l’absinthe de François Guy en 2004. Ils ont démontré que cette absinthe contenait un taux total de thuyone de 24,8 mg/l ( donc inférieur au 35 mg/l prévu par la loi) composée de 4,8 mg/l d´alpha-forme et de 20 mg/l de bêta-forme. Le taux réel de thuyone à prendre réellement en compte est donc de seulement 4,8 mg/l. Cela explique pourquoi les nombreuses études récentes montrent toutes que l’infime quantité de thuyone présente dans l’absinthe n’a aucun effet actif sur le corps humain. Il faudrait en fait boire plus de 6 bouteilles d’absinthe pour commencer à ressentir les premiers effets de la thuyone sur le corps humain. Inutile donc de préciser que l’alcool provoquera bien plus rapidement des effets dommageables sur la santé que la thuyone.

Propagande anti-alcool
Affiche d'époque pour la lutte contre l'alcool

Si l’on peut analyser finement le taux de thuyone avec les méthodes d’aujourd’hui, ce n’était certainement pas le cas à la Belle Époque. Des “études” datant de cette période, souvent menées d’ailleurs par des adversaires de l’absinthe, affirmaient que l’absinthe contenait un taux moyen de 260 mg/l de thuyone. Cependant les recherches récentes sur des bouteilles d’absinthe du début du siècle font plutôt état d’un taux moyen aux alentours de 6 mg/l (ce qui est encore bien en deçà de la limite légale autorisée aujourd’hui!). Remettant en cause ces résultats, certains élaborèrent alors des théories expliquant que le taux de thuyone aurait pu diminuer au fil du temps par l’action des rayons ultraviolet ou d’autres raisons. Mais ces théories ont aussi été réfutées par une nouvelle série de résultats établis en 2004 et 2005 par des instituts de recherches allemands. Il y a donc eu des erreurs manifestes dans les résultats présentés au début du siècle qui ont mené à l’interdiction de l’absinthe.

Il est aussi évident que la puissance du lobby anti-absinthe (composé de ligues anti-alcoolisme, de politiciens, mais aussi d’associations de viticulteurs et de représentants de grandes maisons productrices de spiritueux) joua un rôle majeure dans la diabolisation de l’absinthe, les uns souhaitant éliminer un “véritable fléau”, les autres un concurrent gênant.

 

L’absinthe – une renaissance sous le joug des clichés

Ainsi l’absinthe renaît, innocentée par les diverses études scientifiques qui montrent qu’aucune répercussion sur le système nerveux ne peut être décelée lors de son ingestion (concernant la thuyone) et qui permettent aussi de faire la lumière sur les raisons du lynchage médiatique dont elle a été victime au début du siècle.
Cependant avec les nombreuses idées reçues restant tenacement ancrées dans les esprits, la fée verte subit encore la mauvaise publicité relayée depuis une centaine d’année et n’a toujours pas été entièrement réhabilitée. Espérons que la vérité sera bientôt acceptée par tous et que l’on n’entendra plus des expressions comme “l’absinthe tue” ou “l’absinthe rend fou” de sitôt!

N’hésitez pas à partager cette note mais aussi de laisser en commentaire toutes vos anecdotes sur l’absinthe et notamment les informations les plus farfelues que vous avez déjà pu entendre sur la fée verte!

***L’absinthe reste un alcool, il faut donc la consommer avec modération 😉 *****

Une réponse à “L´absinthe qui rend fou ou le mythe de la thuyone

  1. J’avais entendu parlé de l’absinthe et aussi vue dans un excellent film avec Johnny Depp( sorti de l’enfer ) et hier j’ai été faire un tour à la société des alcools et j’ai acheté pour la première fois de l’absinthe et j’aime beaucoup ! La modération a meilleur goût ! C’est comme dans tous .

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