Absinthes.com vous raconte l’histoire de l’absinthe – Chapitre 3

Notre série sur l’histoire de l’absinthe continue : aujourd’hui nous allons vous raconter les hauts et les bas de l’absinthe à travers l’histoire (d’après le livre de Marie-Claude Delahaye « l’Absinthe-Son Histoire, Musée de l’Absinthe édition, Auvers-sur-Oise, 2001).

Le chapitre de cette semaine nous transporte à la Belle Epoque et nous montre de quelle façon l’absinthe est devenue populaire. Les artistes de l’époque étaient apparemment bien inspirés par la Fée Verte, mais étaient-ils véritablement et profondément inspirés, ou est-ce que cette soi-disant inspiration ne venait pas tout simplement de la popularité de l’absinthe à cette époque ? Lisez et décidez par vous-même.

L’absinthe, une entreprise florissante

De nombreuses distilleries s’installent donc dans toutes les régions de France. Leur nombre est parlant, 65 dans la région parisienne, 52 à Bordeaux, 45 à Marseille, 25 à Pontarlier, 18 à Lyon et 12 à Dijon ! Tout est axé sur la culture de la plante verte, les distilleries et les métiers annexes. Chaque ville possède sa propre fabrique. Pour les consommateurs difficiles, ils pouvaient choisir entre mille marques différentes, de quoi trouver leur bonheur !
Profitant de ce commerce florissant, des représentants se déplacent dans toute la France, de cafés en restaurants, pour vendre cet apéritif renommé. En 1874, la consommation d’absinthe est de 700 000 litres. En 1910, elle est à…36 000 000 litres. Marché qui ne laisse pas producteurs et publicitaires indifférents.

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                              Ils ont l’air de bien s’amuser !

 

Autour de l’absinthe, une publicité considérable…et moderne

Le commerce florissant de l’absinthe a créé un marché publicitaire, qui profite notamment aux affichistes, utilisant deux critères repris aujourd’hui par le marketing, la réussite sociale (le luxe) et l’érotisme au féminin.
On trouvait de nombreux supports de communication, des cartes postales, des affiches, des publicités dans les journaux et des étiquettes de bouteilles attractives.
Vers 1900, les fabricants intègrent des slogans médicaux (bonne santé) sur leur publicité, sous forme d’affiches, d’affichettes ou de cartons publicitaires.
Les publicités étant nombreuses, elles touchent un large public, et tout particulièrement le milieu artistique.

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L’absinthe, muse de tous les arts

Verlaine, Rimbaud, deux noms associés fortement à l’absinthe…Elle hante tous les artistes, écrivains et dramaturges de la Belle Epoque, que ce soit par écrit ou à travers une œuvre d’art. L‘absinthe a-t-elle donné des ailes au poète, inspiré les artistes ?
Des questions toujours d’actualité. Une chose est sûre, l’absinthe étant à la mode, elle est très présente dans les mouvements artistiques, chez les écrivains, les poètes et les peintres, qui en font leur muse tout en la dégustant…
Edgar Poe, Van Gogh, Toulouse Lautrec, Baudelaire, Oscar Wilde, Picasso, Hemingway, et beaucoup d’autres, ont été inspirés par la fée verte et lui donnent une place d’honneur dans leurs œuvres. Ils la considèrent généralement à travers une femme, qui a joué également un rôle non moindre dans l’histoire de l’absinthe.


Photo de 1896 de l’écrivain et absintheur Paul Verlaine montrant un visage mélancolique face à son verre d’absinthe.

 

L’absinthe et les femmes

Les femmes ne se contentent plus de « petites liqueurs de dame ». Dans les brasseries, les étudiantes et les ouvrières se retrouvent après une dure journée de labeur pour consommer une ou plusieurs absinthes, dans une atmosphère chaleureuse, signe de leur future émancipation, comme en témoigne Henri Balesta en 1860 :

« Au Quartier Latin, ces dames boivent de tout, de peur de ne boire de rien. Mais traversez les ponts et vous verrez autour des tables échelonnées sur l’asphalte du Boulevard autant d’absintheuses que d’absintheurs et je vous garantis que les absintheuses sont au moins à la hauteur des absintheurs. »

Les cafés des boulevards sont imprégnés d’une nouvelle ambiance et les messieurs en gilet et chapeau haut-de-forme côtoient femmes du monde et du demi-monde !

Le Monde Illustre 1892 Cafe Scene mini Absinthes.com tells the story of absinthe – Chapter 3
                Les femmes aiment l’absinthe autant que les hommes

J’espère que vous avez apprécié ce troisième chapitre sur l’histoire de l’absinthe. Si vous souhaitez relire les chapitres précédents, je vous suggère de visiter notre Blog. Le quatrième chapitre vous sera envoyé dans 2 semaines et il sera centré sur le début des mouvements anti-absinthe en France.

 

6 réponses à “Absinthes.com vous raconte l’histoire de l’absinthe – Chapitre 3

  1. Bonjour,
    J’aime imaginer que mon grand-père maternel qui avait 20 ans en 1914 se délecté de la fée verte .
    Malheureusement la même année il est mobilisé pour le front au 142 RI .
    Le pinard qui est distribué dans les tranchées coule à flot et remplace l’absinthe .
    Et comme un malheur n’arrive pas sans l’autre en mars 1915 l’absinthe est interdite.
    Une pensée pour cette génération sacrifiée.
    Absinthe soit-il !

  2. Bonjour,

    merci pour votre commentaire.
    En effet, au même moment que cette partie tragique de l’histoire, l’absinthe fut interdite au grand regret de ses consommateurs. La vie dans les tranchées, si on peut appeler ça une vie, aurait été peut-être un peu moins difficile avec l’absinthe à la place du vin. Cependant il ne faut pas oublier que son interdiction fut un mal pour un bien, au vu de l’alcoolisme grandissant à cette période. Elle est maintenant autorisée pour le plus grand plaisir des passionnés, cette page de l’histoire est maintenant tournée, ce qui ne doit effectivement pas nous empêcher d’avoir une pensée pour cette génération ayant vécu une période aussi destructrice.

  3. Bonjour à vous,

    Certes, de mauvaises distillations couraient parfois sous le manteau, et ne remplacer en rien la (mauvaise) qualité d’une absinthe vendue à 0.60cts en moyenne. L’on pouvait bien trouver de bien meilleure absinthe si l’on en avait les moyens.
    En 1870, l’absinthe représente déjà 90% des apéritifs consommés et cela s’accentue avec le temps puisqu’en 1900, la consommation moyenne des français en 1900 est de 11 verres par jour.
    Entre 1874 et 1910, la production française passe de 700 000 à 36 000 000 de litres (6 000 hl d’absinthe produits en 1875, 200 000 hl en 1906 (archives de Lyon)) et un verre d’absinthe coute moins cher qu’un autre noble produit : le vin.
    Les pertes sèches enregistrées par le secteur et notamment due à la consommation d’absinthe forcent les acteurs viticoles à réagir et créent pour le moins, le très certainement premier Lobby français.
    Leurs actions et pressions sur le gouvernement en s’appuyant sur les travaux de Pasteur amène le projet d’interdiction sur la table.
    Le détournement du taux de thuyone (soi-disant rendant fou – folie surtout due à la mauvaise distillation et aux esprits déséquilibrés dans leurs équations et compositions chimiques : Sulfates de Zinc) ; l’accent mis sur l’insalubrité de la consommation d’absinthe, le concept médicamenteux et vertueux de sa non consommation…tant il est vrai tout de même qu’un problème d’alcoolisme commence à voir le jour.
    Ceci aidant cela…le premier conflit mondial éclate bien qu’en gestation depuis 1870.
    Entre 18 et 23 millions de litres d’absinthe sont envoyées sur le front, au plus proche des tranchées durant le conflit, ce qui finira une grande partie des stocks et scellera la fin de sa consommation et ma loi s’y attenant.
    Mais n’oublions pas le vin, qui devient le compagnon du soldat avec un quart au début de la guerre, 2 en 1916 pour finir à 3 en 1918 (habitude inexistante dans l’armée auparavant).
    Du début de cette période naitra l’expression que tout le monde connait :  » La fleur aux fusils ». Les français heureux et insouciant (soi-disant) de partir remplir leur devoir est très vite teinter par l’horreur de cet enfer.
    Et pour voir des fleurs dans les tranchées, il faut en boire conséquemment, de l’absinthe …et du vin car enfin ; sur le front, entre 10 et 15 millions d’hectolitres de vin par an seront écoulés durant le conflit.

    De quoi redonner le sourire au secteur viticole, qui profite de l’occasion pour transmettre une habitude qui deviendra courante et en faire un symbole national.
    Le mal étant fait…mon avis est qu’il n’y avait pas besoin d’interdire puisqu’un changement de consommation s’est opéré de lui-même, quoiqu’un peu forcé !!
    Mais le lobby du vin naissant ne pouvait pas laisser revenir sur scène un acteur plus prestigieux que le sien, donc loi et interdiction avec le soutien de l’État.

    Rappelons aussi que les recettes actuelles des Parisiennes (Belle Amie, Désirée) sont les même qu’en 1900, avec un taux de thuyone identique à celui supposé rendre fou en 1900.

    Et si tout cela n’est pas vrai, j’aurai été ravi de partager tout cela avec vous et m’en vais sucrer ma pelle et boire une bleue….

    Bien à vous,

    Damien

  4. Bonjour,

    Le terme « absinthe » peut tout aussi bien signifier l’alcool produit par distillation que la boisson préparée à partir de cet alcool additionné d’eau et parfois de sucre. Les deux phrases suivantes : « En 1874, la consommation d’absinthe est de 700 000 litres. En 1910, elle est à…36 000 000 litres. » ne lèvent pas l’ambiguïté quant à la signification du terme « absinthe ».

    S’agit-il donc de litres de notre précieux alcool avant ou après addition d’eau ?

    Merci

  5. Avant 🙂 Le litrage consommé en 1874 ou en 1910 après addition d’eau est difficile à évaluer, mais je pense qu’une multiplication par 4 est une bonne estimation. (1 volume d’absinthe pour 3 volumes d’eau). Ce qui vous donne alors le chiffre impressionnant de 4 200 000 litres consommés (du moins produit) en 1874, soit 11 500 litres …. par jour !

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